Sur les principes rien ne distingue le dialogue social de l'encadrement de celui du monde du travail tout entier. Il s'agit toujours, pour les uns et les autres, de faire valoir, dans le travail, des intérêts particuliers et de les défendre en face d'interlocuteurs aux intérêts autres, sinon alternatifs, voire antagonistes.
Cela dit, des principes identiques peuvent s'appliquer à des situations qui ne le sont pas, partiellement ou en totalité. Ces situations sont elles-mêmes constituées de ce qui est vécu au travail.
Se pose la question de ce qui est commun et de ce qui peut être spécifique à l'encadrement. Au chapitre de ce qui est commun, figure tout ce qui constitue l'acquis de base partagé par tous ceux qui sont du même côté du contrat de travail, cadres et ingénieurs y compris.
Côté spécifique s'inscrit ce qui résulte des particularités du travail des cadres et ingénieurs. Ces particularités sont liées à la posture " d'expertise " ou de " commandement " qui caractérise le travail d'encadrement. Ils sont en position intermédiaire partie prenante d'un processus qui les incorpore. De ce fait, résultent des opinions moins tranchées, ou plus longues à confirmer, notamment par le sentiment d'être juge et parties.
Cela n'empêche pas la volonté des cadres de s'inscrire dans le dialogue social et l'engagement syndical. Sur ce dernier point à partir d'enquêtes de l'INSEE, la DARES outil statistique du ministère de l'emploi, a établi les nombres et les taux de syndicalisation des différentes catégories de salariés : ouvriers, employés, encadrement. Il en résulte que sur 1.866.000 syndiqués : 389.000 sont des ouvriers qui représentent 6,1% de la population concernée, 404.000 sont employés (4,4%), 560.000 sont membres des professions intermédiaires (10,1%) et 513.000 de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures (14.5%).
Evidemment à la lecture de ces chiffres apparaît le paradoxe d'une ardeur revendicative inversement proportionnelle aux effectifs syndiqués. De là à considérer que les cadres et ingénieurs font porter leurs revendications par les autres, il n'y a qu'un pas...
Nonobstant cette opinion, le travail des cadres et ingénieurs laisse le plus souvent une marge d'initiative qui empêche l'établissement de frontières précises entre ce qui est prescrit et ce qui peut l'être. En résulte une moindre propension à la revendication avec parfois celle pour le cadre à assumer plus de responsabilité qu'il ne lui en revient et à croire individuellement comptable, sinon capable, de ce qui ne vas pas.
De ces dernières constations découlent notamment tout ce qui est afférent au stress et tout ce qui concerne le harcèlement.
Au-delà, il est vraisemblable qu'il y aurait collectivement tout intérêt à ce que les revendications syndicales des cadres soient plus audibles du fait de la position professionnelle de ces derniers et de la nature de leur travail.
Apparaîtraient alors certainement ce que le quotidien ne laisse pas affleure du fait des réalités hiérarchiques et de toutes les pesanteurs.
Sans mise en cause des exigences naturelles de responsabilités et d'unité de direction, différent et complémentaire de celui qui génère le regard exclusivement professionnel, le regard syndical pourrait éclairer ce qui ne l'est pas par l'appel de l'intelligence installée dans une posture additionnelle.
Ainsi, par exemple, tout ce qui concerne l'innovation, la formation et plus généralement la fertilité du complexe immatériel, désormais déterminantes serait plus heureusement considérées et traitées.
A titre d'exemple, de différences de vécu, on peut citer la question de la durée du travail. En la matière, raisonner sur la durée du travail est quasi secondaire au regard du travail d'un nombre croissant de cadres et par rapport à celui de la quasi-totalité des " travailleurs de l'immatériel ".
Impossible, en effet, pour ces " travailleurs de l'avenir ", d'établir une corrélation absolue entre productivités et qualités de travail et sa durée.
Hors durée du travail, on pourrait citer le télétravail pour les travailleurs de la matière grise, ou encore les altérations liées à la pénibilité du travail trop peu regardé dans sa dimension " neuronale ".
Hubert BOUCHET
Secretaire général L'UCI-FO
Extrait de Nord FO Mai 2005